Dans des périodes telles que celle que nous vivons actuellement, à la vue des nouvelles qui nous arrivent des médias et du retour du mouvement #BlackLivesMatter suite à la mort brutale du citoyen afro-américain George Floyd, c’est avec une certaine fierté que je travaille sur l’édition italienne d’un classique de l’underground américain : Inner City Romance de Guy Colwell.

À l’origine une série de bande dessinée publiée entre 1972 et 1978 par la maison d’édition underground Last Gasp of San Francisco, Inner City Romance est avant tout un voyage cathartique, violent et provoquant au sein des subcultures qui, entre la fin des années soixante et le début des années soixante-dix, ont redéfini les structures culturelles des États-Unis.

Guy Colwell, Inner City Romance

Couverture d’Inner City Romance, acrylique sur papier, 2010

Comme si ça ne suffisait pas, le chef-d’œuvre phare de Colwell (près de deux-cents pages d’amours lysergiques, d’abus de substances psychotropes, de sexe plus ou moins contemplatif et de conflits avec une police omniprésente) est un hymne à l’amour de la culture afro-américaine du ghetto, ce qui place Colwell, blanc caucasien, dans le sillage d’autres « blancs noirs », parmi lesquels le jazzman Mezz Mezzrow dont l’autobiographie a par ailleurs été éditée en Italie par mes soins (Questo è il blues, Red Star Press).

Mais si Mezzrow, mort en 1972 (la même année que Colwell publiait son premier album en noir et blanc), a été le témoin ainsi qu’un porte-parole et représentant de haute volée de la révolution du jazz d’époque, Colwell est en revanche le spectateur stupéfait de la contre-révolution bourgeoise déterminée à balayer le Summer of Love et les Flower Children, poursuivis jusque dans leur bastion de San Francisco par le spectre d’Attica.

Que les choses soient claires, les histoires de Colwell n’ont rien de romantique. Les protagonistes sont des toxicos, des ex-taulards, des assassins, des homosexuels, des dealers, des prostituées et des proxénètes. Dans son univers sans rédemption, la drogue apparaît comme le leitmotiv décisif, capable de corrompre et, dans le même temps, d’être un refuge indispensable contre les flics.

Guy Colwell, Inner City Romance

Remake, sur demande d’un fan, de la couverture du premier volume d’Inner City Romance (acrylique sur papier, 2011)

Pour Colwell, qui a dû abandonner l’école d’art pour des raisons financières et qui avait du mal à joindre les deux bouts, il était essentiel de parvenir à raconter, à témoigner de ce que lui ou ses amis vivaient.

Colwell a vingt-sept ans lorsque sort le premier volume d’Inner City Romance. Avant cela, il a travaillé épisodiquement dans la presse engagée underground puis surprenamment, pendant deux ans, comme sculpteur chez Mattel, avant de passer deux ans en prison pour avoir refusé la conscription.

À partir du début des années soixante-dix, il travaille comme illustrateur pour l’hebdomadaire engagé « Good Times » et vit avec la communauté qui en compose la rédaction pour ensuite s’adonner à la peinture, qui l’accompagnera durant toute sa vie.

Défini par la critique comme un « peintre socialiste surréaliste », Colwell poursuit sa carrière en dents de scie jusqu’à nos jours. Il faudra en effet attendre 2012 pour qu’on lui consacre un article sur la « bible » de la contre-culture américaine, « Juxtapoz ».

Aujourd’hui, Guy Colwell est un homme de soixante-quinze ans, reconnu confidentiellement, surtout comme artiste. En 2015, la maison d’édition Fantagraphics a fait imprimer un recueil des cinq albums originaux qui composent la fresque qu’est Inner City Romance.

Guy Colwell

Guy Colwell (photo de Lydia Gans, 1995)

L’amour, la rage, le militantisme politique, la prison et le ghetto sont encore là tout entiers, inchangés. Colwell a rajouté de sa propre main quelques introductions aux divers chapitres, qui aident le lecteur à remettre en contexte le récit.

Afin d’écrire cet article, j’ai pris une brève pause dans le travail d’adaptation et de relecture que je mène actuellement sur ce livre qui, traduit en italien par le talentueux Marco Bisanti, sera publié cette année chez Red Star Press.

Pour le moment, les déplacements en avion sont défendus, qui plus est quand on a l’âge de Colwell, mais le faire venir jusqu’en Italie est indubitablement pour moi l’objectif post-Covid.

Aucune date officielle n’est encore fixée pour la publication du livre, encore moins pour une éventuelle venue de Colwell (2021 j’espère), mais si vous voulez recevoir un e-mail dès que le livre sera disponible, vous pouvez utiliser ce formulaire de contact en écrivant simplement dans le champ Objet « Inner City Romance ».

Et puisque vous avez eu la patience de me suivre tout au long de cet article, un bonus vous attend ci-dessous.

À bientôt !

BONUS ! Téléchargez le pdf des 16 premières pages d’Inner City Romance

 

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